à
propos de "très super"
Au
supermarché du coin ou à l’hyper, on a nos habitudes,
on croise les figures familières du quartier, mais aussi
des gens des villages alentours et même de plus loin.
C’est
un concentré de vies qui se trouve rassemblé là,
le temps de remplir un caddie.
Tandis
qu’en journée y affluent les mères de familles
et les retraités, le soir, ce sont les actifs qui s’y
pressent pour quelques courses en sortant du travail. Si l’unité
de lieu fait ressortir l’éclectisme de nos congénères,
la situation géographique de la grande surface renvoie un
reflet assez fidèle des caractéristiques locales :
la fréquentation d’un supermarché de l’ouest
parisien n’est pas la même qu’un autre situé
dans le 18ème, et encore différente de celle d’un
magasin lillois.
Et
pourtant, au delà de toutes les différences et de
tous les particularismes, ménagères, employés,
cadres pressés, retraités, chômeurs, notables,
personnel de maison ou agriculteurs, nous partageons pendant quelques
instants un lieu et une occupation : nous faisons nos courses. Nous
achetons du lait, du beurre, des œufs, des pâtes mais
aussi de l’antigel pour la voiture et des huîtres pour
le réveillon.
C’est
ce qui nous a décidé à photographier les clients
des grandes surfaces faisant leurs courses.
Des
clichés pris naturellement, sans mise en scène, avec
des clients qui ont accepté de se prêter au jeu. Certains
même, attirés par notre objectif, sont même venus
spontanément « se faire prendre en photo » avec
une audace malicieuse.
Notre
propos était de saisir à la fois la singularité
et l’universalité des personnages croisés. Nous
avons voulu porter un regard tendre sur cette France observée
dans la banalité de son quotidien, anonymes photographiés
sur fond de linéaires bien réguliers aux couleurs
criardes éclairés par des lumières blafardes.
Nous
avions envie d’aller à la rencontre de ces personnages
improbables qui n’intéressent personne. Loin des canons
de la télévision ou du cinéma qui conditionnent
notre regard, nous en oublions l’infinie diversité
des ordinaires.
Nous
avons eu la sensation de reprendre contact avec la réalité,
avec sa poésie parfois et avec sa rudesse, aussi. Et puis
nous avions envie de photographier ces petits détails qui
marquent une époque : la mode de la rue, par exemple, avec
ses différences entre la province et Paris, gageant qu’un
jour - dans quelques années - ces photos nous réjouieraient
par leur côté rétro.
Nous
vous invitons aujourd’hui à vous arrêter un instant
devant les images de ce quotidien, NOTRE quotidien, et d’y
porter un regard nouveau, ouvert, distancié, plein d’humour.
C’est vous, c’est nous que nous avons saisis sur le
vif !
Ce
travail photographique commencé en mai 2003 dans la région
lilloise est toujours en évolution.
Pidz
& Guillaume Calop
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